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Les Saints et les Fous

Solaire, de Ian McEwan

25 Juin 2011 , Rédigé par Pierre Jouan Publié dans #Autres Littératures

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C'est le milieu de l'année, et je suis en train de me demander quels romans m'ont vraiment plu en 2011. Dans le Top 5 figure incontestablement Solaire, dont je vais essayer de dire quelques mots de mémoire car je l'ai lu il y a maintenant trois mois, ce qui est suffisant, dans le flot hystérique de l'actualité, pour tout oublier. Je me souviens d'abord d'un bouquin drôle, très drôle, d'un humour houellebecquien relevé d'une pointe de détachement british. Le personnage principal, Michael Beard, est un ex-Prix Nobel de physique que son domaine n'intéresse plus guerre, au contraire de sa cinquième femme, qui le trompe ouvertement. Beard est vieux, las, usé, mais aussi jaloux, rancunier et colérique. Si sa femme le quitte, c'est la solitude assurée, définitive... Mais il n'a plus les moyens de la garder.

 

Arrive un jeune étudiant un peu fou, qui harcèle le vieux professeur avec des projets de recherche sur l'énergie solaire, dont il attend la résolution de tous les problèmes écologiques. Ce dont Beard se fout complètement, considérant les écolos, et tous les catastrophistes en général, comme des illuminés de l'Apocalypse parvenant à crier plus fort que les autres, ce qui leur assure un auditoire garanti (l'évolution a privilégié la sensibilité aux messages alarmistes, qui conditionnent la survie du groupe) : "Cet écho des fléaux de l'Ancien Testament, avec ses pestes et ses pluies de grenouille, illustrait une profonde tendance, réactivée au fil des siècles, à croire que la planète vivait ses derniers jours, que la fin de chacun était liée de manière imminente à celle du monde, ce qui la chargeait de sens, ou la rendait un peu moins absurde."

 

C'est le début d'une démolition en règle des principales thèses écologistes, du réchauffement de la planète à la menace nucléaire. Le cynisme, la caricature mordante, et la mise à distance humoristique qui caractérisent en général l'humour anglais, font mouche à chaque page. C'est, au sens propre, à se tordre de rire. Les "sciences sociales" ne sont pas en reste : constructivisme, sémantique narrative, gender studies et autres fumisteries sont renvoyées dos à dos, et c'est une jouissance de chaque instant de voir tout ce que la société spectaculaire a pu engendrer de bavards incompétents se ridiculiser tour à tour.

 

Car Ian McEwan a fait quelque chose de bien : il a bossé son sujet. Fait des recherches, rencontré des physiciens. Et s'est assuré de s'attaquer aux questions sensibles avec un bagage scientifique conséquent (de même que Richard Powers dans Générosité). La trame principale reste la vie de Michael Beard, ou les tribulations pathétiques d'un homme à la virilité décroissante, mais l'arrière-plan philosophique et technique tient la route. Au final, le vieux physicien reviendra, par une ironie de l'histoire qu'il ne faut pas dévoiler, à la recherche et au problème écologique (essentiellement par souci de notoriété). Mais son avis sur un futur qui ne le concerne pas reste lucide et cruel, comme seuls peuvent l'être un Cioran ou un auteur de SF : "La terre n'avait pas besoin de Michael Beard. Même si elle se débarrassait des humains, la biosphère se maintiendrait contre vents et marées, et dans dix millions d'années à peine elle grouillerait de nouvelles créatures, dont peut-être aucune n'aurait une intelligence anthropoïde. Qui regretterait alors que Shakespeare, Bach, Einstein, soient tombés dans l'oubli ?" Sans parler de Nicolas Hulot…

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