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Les Saints et les Fous

Rouge gueule de Blog

15 Juin 2011 , Rédigé par Pierre Jouan Publié dans #Transfictions

Pourquoi ce blog ? Deux raisons principales : la première, matérielle, est que je n’ai pas le temps, ni la place, de parler de tout ce que je lis dans  Chronic’art ; la seconde, est que comme tout magazine papier, Chronic’art disparaît cycliquement des kiosques : tout ce qui y a été publié est donc perdu. Le miracle d’Internet, c’est la sauvegarde éternelle, consultable pour les siècles et les siècles. Ce qui ne manquera pas d’arriver à ce blog à l’avenir prometteur, j’en suis sûr.

 

Afin que ma voix cesse de se noyer dans le brouhaha médiatique et résonne pour l’éternité, que mes feuilles ne disparaissent plus dans l’indifférence, oubliées sitôt lues, périmées par la chronique suivante, le numéro suivant, ou la rentrée suivante, je reprendrai donc périodiquement mes chroniqu es disparues, enfouies sous les piles d’invendus qui encombrent les locaux de Chronic’art, pour leur accorder l’immortalité numérique.

Rouge gueule de bois - Léo Henry

Et pour joindre la parole aux actes, je vais commencer par mon « livre du mois » du n°71 : Rouge gueule de bois, de Léo Henry  (La Volte). En effet, je m’insurge contre l’idée que ce livre passe inaperçu, que sa durée d e vie n’excède pas les quelques semaines (et encore !) que les maigres échos médiatiques lui promettent sur les étals, ou que son contexte de parution (un éditeur plutôt « SF » pour un écrivain français… la recette de l’échec) l’empêche de trouver son public. Car RGDB, comme on l’appelle, est un roman unique ; s’il était signé Pynchon ou Mark Leyner (Mégalomachine), on crierait au génie. On vanterait son érudition, son ambition, son sens de l’humour. On s’extasierait devant son aisance à mêler les genres, son souffle romanesque, ses portraits désopilants. Sa façon de capter l’esprit d’une époque (les sixties).

 

Mais voilà, Léo Henry est français, inconnu au bataillon des lettres, et son public est pour l’instant constitué d’une nébuleuse de geeks accros aux aliens et aux voyages interstellaires (dont je fais partie, bien entendu). Dommage, car si vous avez des neurones en état de marche, et que vous aimez les curiosités, vous ne pourrez réprimer l’hilarité qui vous gagnera à chaque page, la jubilation devant ce maelstrom pop qui remixe tout ce que votre nerd-culture vous a appris à vénérer, et la pointe de fierté patriotique à l’idée d’avoir un écrivain qui boxe dans la même catégorie que les plus grands anglo-saxons. Si je pouvais, honnêtement, je vous achèterais le livre.

 

De quoi ça parle ? De beaucoup de choses, et l’on ne peut résumer qu’à gros traits : il s’agit des « derniers jours Fredric Brown » (sous-titre du roman), auteur de SF comique (L’univers en folie, Martiens Go Home !), particulièrement porté sur la boisson. Il rencontre Roger Vadim, et ils partent en virée dans l’Amérique des freaks, saouls du soir au matin et inversement, poursuivis par les armées de la Reine de Sogo (la méchante dans Barbarella), alors même que c’est la fin du monde, avec ses anges, ses trous noirs, son LSD, et sa galerie de personnages hauts en couleur, dont certains tout à fait réels (Timothy Leary, entre autres.)

 

Les journalistes culturels en font parfois trop. Ils s'enflamment pour des choses anecdotiques, manquant de recul, prisonniers de l'actualité. Ca m'est arrivé, et cela m'arrivera encore. Mais je crois que RGDB est une valeur sûre, une vraie rareté appelée à devenir culte (le premier roman français de Bizarro-fiction ?)... Dès lors, il y aura les connaisseurs, et les autres. Choisis ton camp, camarade !

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