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Les Saints et les Fous

Mordre le bouclier, de Justine Niogret

23 Juin 2011 , Rédigé par Pierre Jouan Publié dans #Fantasy

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Encore un bouquin lu d'une traite, un soir de désoeuvrement. Mordre le bouclier est la suite de Chien du heaume, dont j'avais dit beaucoup de bien à sa sortie (Chronic'art n°64). De loin, on dirait de la fantasy merdique, mais en fait, ô surprise, pas du tout. C'est juste très, très moyen-âgeux, au sens historique (genre, au 12ème siècle), mais aussi, hm,  qualificatif (comme quand, dans Pulp Fiction, Marsellus Wallace promet au petit flic sodomite une torture "bien moyen-âgeuse"). En gros, c'est plein de boue, de sang, de corps meurtris, et de tournures de phrase en vieux françois.

 

Quelque part dans son (hilarant) lexique, Justine Niogret nous apprend qu'elle voue un culte au film Valhalla Rising (Le Guerrier silencieux, en VF). Bizarrement, on n'est pas surpris. Oeuvre dure, muette, d'une violence crue et gratuite, et mal située historiquement (c'est aussi le moyen-âge, et on dirait les Highlands, mais je ne crois pas que ce soit plus précis que ça), Valhalla Rising semble être la traduction visuelle de l'imaginaire de Justine Niogret. Seule différence, de taille : les personnages de cette dernière sont plutôt bavards, c'est même fou comme ils parlent parfois, ils se lancent dans des monologues de trois pages sur la vie et la mort, on dirait du Shakespeare.

 

Pour le reste, c'est plus ou moins la désolation absolue, les Croisés rentrent de la chasse aux païens cassés de partout, les gens sont moches et estropiés, Dieu est absent, et Chien du Heaume est une femme bien seule. Bon, elle a tué père et mère, elle erre sur les routes pour mettre des coups de hache à qui lui chante, s'en tire avec des balafres et des doigts coupés, donc elle l'a bien cherché, mais en même temps, peut-être n'était-il pas simple d'être une femme-guerrière au 12ème siècle, allez savoir. Petit extrait savoureux :

 

"Ils étaient horribles, le cerveau tourné par des années de combat et par la haine de se sentir vieillir, réduire en pouldre par le temps. Ils avaient plus souvent vu le sans figer sur leurs lames que les traits de leurs propres visages, plus souvent mis les mains dans les tripes d'un mourant qu'autour d'un corps que l'on désire."

 

Bonjour l'ambiance. Et c'est comme ça tout le temps, partout, route après route, castel après castel, vagabonds puants, violeurs des bois, chevaliers amputés, gonfaloniers désséchés, cadavres de bêtes, terre gorgée de pluie, cris de haine, cris de désespoir, gémissements, hébétudes, impasses... C'est triste à s'en mordre le bouclier, et seuls la langue, la perfection de la phrase, le plaisir des mots, justifient la plongée dans cet océan de noirceur.

 

Ah oui, et puis il y a une superbe postface de Jean-Philippe Jaworski, qui a vu tellement plus de choses que moi que j'en suis jaloux... Lisez-la, elle donne à Mordre le bouclier une toute autre dimension.

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Windows 8 transfer 13/06/2014 13:26

It was a lovely review of the book 'Bite Shield' and it excites me a lot. It guarantees some entertainment for the readers and that is the main highlight of this book. Books of this kind can make everyone excited in it and this review should aid it.