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Les Saints et les Fous

Littérature et pied-ballon

22 Juillet 2011 , Rédigé par Pierre Jouan Publié dans #Choses

Loin des préoccupations habituelles de ce blog, j'aimerais parler un peu de football (!!!), un sport pour lequel j'entretiens, comme disait Omar Sharif, une grande passion. Ce post est la conséquence directe d'une discussion que j'ai eue ce matin avec une personne qui, comme tant d'autres, est hermétique ce jeu, et croit amusant de moquer les travers qu'elle n'a pas.

 

Bien des plumes respectées ont pourtant vanté l'intérêt de cette discipline qui, plus que toute autre, exige sacrifice et humilité de la part du spectateur. On pourrait citer Nick Hornby et le célèbre Carton jaune (et sa sympathique adaptation US, Terrain d'entente), ou John King et Football Factory, dans un registre plus viril. Forcément, il s'agit de deux écrivains anglais, et l'équivalent français n'existe pas, tant il est vrai que ce sport a encore mauvaise réputation dans nos contrées, coincé dans ses clichés beaufs et ses émissions télé nullissimes (la Coupe du Monde 98 n'a évidemment rien arrangé).

 

Lors du numéro "fake" de Chronic'art, en mai 2008 (un magazine entier consacré à des oeuvres imaginaires), je m'étais pris à rêver d'une sorte de premier roman français consacré à la passion douloureuse du football. Le faux article donnait ceci :

 

Dans la peau d’un con, de Julien Quercia

Ed. Des Bulles.

 Dans Carton jaune, Nick Hornby raconte comment son obsession pour les résultats de son équipe de football (Arsenal) innerve son quotidien, peuplant ses nuits et ses rêves, monopolisant ses conversations, occupant son esprit à chaque creux de la journée, chaque silence. Ce qu’un non-initié au ballon rond ne peut visiblement pas comprendre, c’est à quel point une victoire peut rendre heureux, et une défaite humilier. Le football, ce n’est pas que du sport. Que penser alors de ceux qui supportent une équipe qui ne gagne pas ? Pourquoi cette obstination à souffrir, semaine après semaine ? C’est la question que se pose Julien Quercia : son club, le PSG, est une source de déception permanente, une machine à perdre et à générer des moqueries. Mais, nous dit-il, l’essentiel est ailleurs, dans cette fidélité aveugle et sans limite à une entité abstraite (un nom, des couleurs), ce rite de la réunion et de la communion, y compris et surtout dans la vexation, la rumination, et la haine des vainqueurs (jamais, d’ailleurs, un livre n’aura versé autant d’eau au moulin de ceux qui voient dans le football une forme dégénérée de religion). Peu importe que l’on partage ou pas les penchants de l’auteur pour ce sport de masse ; sa passion est authentique et touchante. A la fois pathétique et héroïque, aveugle et lucide, le narrateur nous emmène dans un univers obsessionnel étrange, une réalité propre aux footeux, parallèle à la nôtre, avec ses calendriers et ses saints, proposant une amusante version postmoderne des évangiles – avec cette aspiration, toujours la même : rester fort et privilégié dans la pénurie et l’humiliation. Aspiration au sublime ou hymne à la connerie ? Sans doute un peu des deux.

 

L'article n'était pas paru, mais peu importe : c'était le livre que j'aurais aimé écrire. Et voilà que, l'année dernière, le journaliste Jérôme Reijasse publiait  PARC, Tribune K - Bleu, bas, qui reprenait par le menu la saison 2007-2008, celle qui faillit être fatale au PSG, et au terme de laquelle le club évita in extremis la relégation. Réijasse y reprend, en les développant match après match, les idées qu'il avait commencé à rassembler pour le site des Cahiers du football (" Un Barbare qui sait pleurer"). La lecture de ce livre fut à la fois un grand réconfort pour moi et une source de jalousie, car il résume et illustre à la perfection la maladie mentale que je ne faisais qu'effleurer dans ma recension de l'imaginaire "Julien Quercia".

 

Que la personne si prompte à rire de mes obsessions puériles prenne donc la peine de lire quelques lignes de PARC, et son approche de la chose s'en trouvera toute bouleversée. Accessoirement, peut-être réfléchira-t-elle à deux fois avant de lancer ses douloureuses petites piques.

 

 

PARC.jpg

 

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