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Les Saints et les Fous

Les Jardins statuaires, de Jacques Abeille

10 Janvier 2012 , Rédigé par Pierre Jouan Publié dans #Transfictions

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Les Jardins statuaires est à peine un roman, tout au plus un récit… La première moitié ne comporte pas d'intrigue et, par la suite, les évènements se font rares. Le sens de l’histoire, globalement, n’est pas clair. On parcourt le même chemin plusieurs fois, à une lenteur quasi-exaspérante. Tout y est engourdi, et paradoxalement figé dans l'errance, comme si le temps refusait de prendre. A la fin, à la fin seulement, l’évènement qui vient briser l’immobilité du cycle frappe les trois grands coups de l’Histoire (en gros, la guerre). Alors il est temps, pour le narrateur, de poser la plume, et pour nous de fermer le livre ; car rien du vulgaire enchaînement des accidents humains, désormais, ne peut plus nous intéresser.

A peine un roman, donc, plutôt le guide d’une géographie imaginaire… Un voyageur, au terme d’un périple dont on ignore tout, parvient au pays des "jardins statuaires" : qui est-il ? d’où vient-il ? nous ne le saurons pas. Son récit à la première personne rapporte l’exploration de ces "contrées" mal situées – leurs paysages, sociétés, coutumes. Comme dans Le Château de Kafka, tout y est codifié, selon une logique difficile à comprendre : rien ne semble plus absurde que ces grandes demeures fermées, où les hommes ne voient jamais les femmes, et les liens d’échange (économiques, matrimoniaux) obéissent à des protocoles complexes. Rien ne semble plus beau, non plus, que ces immenses jardins d’où sort la pierre, poussant comme la végétation, et dont il faut élaguer les branches vaines, afin qu’orientée par son télos, sa fin propre, elle trouve sa forme définitive : la statue.

Les Jardins statuaires est donc avant tout une rêverie : Jacques Abeille reconnaît l’influence du surréalisme, Julien Gracq ou Mervyn Peake. N’écoutant que le discours imprévisible de son imagination, l’auteur retranscrit des visions d’une stupéfiante beauté, dont l’enchaînement constitue la trame de l’œuvre. Avantage : Jacques Abeille écrit comme un dieu. Ses paysages hallucinés semblent transpirer du papier, saisissants de vérité, et plus au fait de la nature de la perception (et de la nature humaine dans son ensemble) que n’importe quel roman réaliste. A la manière d’un Lucius Shepard, son œuvre se parcourt en tous sens une fois terminée ; jamais semble-t-il, nous n’aurons épuisé la beauté de ces contrées mentales, blotties au creux de phrases parfaites. C’est long, un peu austère, mais qu’importe : quand on aura passé sa vie avec ce genre de livres, on n’aura pas mal vécu.

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Kimsson 26/03/2014 06:13

Keep posting.