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Les Saints et les Fous

La vie en temps de guerre, de Lucius Shepard

2 Août 2011 , Rédigé par Pierre Jouan Publié dans #Science-fiction

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(A peine sorti du pavé Julian, j'ai été happé par celui de L'Intégrale du dragon Griaule de Lucius Shepard, à paraître en septembre. J'en reparlerai bientôt, mais en attendant, petit rappel de la dernière livraison du bonhomme...)

 

(Article précédement paru dans Chronic'art n°70)

 

Ses lecteurs le savent, Shepard n'est pas un auteur de SF comme les autres, sa plume s'épanouissant dans une sorte de fantastique stylisé, proche du « réalisme magique » sud-américain. La Vie en temps de guerre, son second roman (1987) réédité chez Mnémos, s’est pourtant imposé comme un monument du genre, classe, beau et fou, dans la lignée de Dick et Ballard. Dans un Guatemala futuriste, théâtre d’un conflit opposant les Etats-Unis à une guérilla communiste pilotée par Cuba, David Mingolla, jeune soldat à la moralité ambiguë, erre sur le front de guerre au gré de ses missions d’infiltration, assassinant ses cibles par manipulation mentale. De la clinique expérimentale aux bidonvilles de la jungle, Shepard nous propose un road-trip drogué et psychotique, plein de visions et de mythes, croisement génial entre Cent ans de solitude et Apocalypse Now. L’immense atout du roman est incontestablement son style, plein de fulgurances poétiques et d’une finesse psychologique rare. La traduction n’a pourtant rien d’irréprochable : outre des maladresses évidentes, on regrettera les passages parlés par des personnages antillais, véritable punition de phonétique petit-nègre. Shepard est sans doute lui-même responsable du demi-échec de son livre : l’intrigue manque de cohérence, la fin est abrupte, l’ensemble est trop long. On ne peut toutefois s’empêcher de penser qu’un meilleur traducteur (Jean-Daniel Brèque ?) aurait sublimé l’ensemble. Reste un monument de noirceur et de magie, dense comme la forêt équatoriale, qui mérite la reconnaissance que sa couverture repoussante ne lui apportera jamais. Comme d’hab’, on a envie de dire.

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