Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les Saints et les Fous

L'Apprentie du philosophe, de James Morrow

21 Octobre 2011 , Rédigé par Pierre Jouan Publié dans #Science-fiction

L-apprentie-du-philosophe.gif

 

Paru il y a déjà quelques mois, L’Apprentie du philosophe  (Au Diable Vauvert) se présente comme une mise en scène romanesque de questions éthiques. Mason Ambrose, le narrateur, est exclu du département de philosophie de son université pour avoir soutenu des thèses un peu trop darwiniennes, devant un jury un peu trop chrétien. Il est contacté par une organisation obscure, qui lui propose de devenir le tuteur d’une jeune fille dont le sens moral semble totalement absent. Abordant avec elle la philosophie morale par le menu, il lui fait visiter deux millénaires et demi de réflexion éthique, de Platon à Rawls, à travers des jeux de rôles et des expériences de pensée illustrant les principaux dilemmes moraux auxquels sont confronté les êtres humains. Mais le cours d’éducation privée prend une tournure étrange quand Mason découvre que sa pupille a été créée de toute pièce, en laboratoire. Londa a dix-sept ans en apparence, mais seulement un an d’existence effective. Le jeune éthicien est alors à son tour assailli de questions : l’être qu’il côtoie peut-il être assimilé à l’humanité ? Est-il moral de collaborer à une entreprise qui ressemble à une transgression inouïe ? Et comment préparer cette ado-éprouvette au contact avec le monde réel, et notamment à la vérité sur sa conception ?

 

A travers une première partie claire et précise (l’auteur connait son sujet), Morrow expose ses propres qualités pédagogiques, en brassant les paradoxes et les écoles de pensée avec un talent très sûr pour la mise en scène. L’humour affleure à chaque phrase, ce qui ne gâche rien. Les deux parties suivantes sont nettement plus romanesques, avec une réussite variable. La jeune Londa, pourvue à présent d’un sens moral très droit, se met en tête de combattre les « philistins » (capitalistes, pollueurs, aristos égoïstes, etc.). Evidemment, la réalité se montre quelque peu rétive à l’application rigide du christiano-kantisme dont elle se fait l’apôtre. L’utopie vire peu à peu au cauchemar, dans une dénonciation de l’idéalisme qui fait honneur à son auteur (les romans de SF américains ont trop tendance à finir bien, ce qui choque mon tragédisme tout continental). Un peu long mais rarement ennuyeux, grâce, encore une fois, à la plume férocement ironique de Morrow, qui ne manque jamais de percer les motivations a-morales des actes moraux les plus élevés, dans la lignée de La Rochefoucauld et Nietzsche. L’Apprentie du philosophe, c’est un peu Candide au pays de la biotechnologie, du néolibéralisme, et du terrorisme. Un gloubi-boulga de bonnes intentions qui finit en catastrophe. Réjouissant.

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article