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Les Saints et les Fous

L'accroissement mathématique du plaisir, de Catherine Dufour

21 Octobre 2011 , Rédigé par Pierre Jouan Publié dans #Transfictions

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Voilà un livre que l'on peut offrir à tout le monde avec la quasi-certitude de ne pas se tromper : de même que Rouge gueule de bois de Léo Henry ou Le Déchronologue de Stéphane Beauverger, c’est à la fois bien écrit et furieusement SF, et je connais peu de gens capables de résister à ce mélange (enfin si, j’en connais, mais je leur souhaite de crever dans leur ignorance crasse et leur mauvais goût intolérable). Catherine Dufour est l’auteur d’Outrage et rébellion, un honnête roman sur le punk du futur, raconté de manière polyphonique (façon témoignages d’acteurs de la scène), et Le Goût de l’immortalité, roman SF couronné du GPI. Jusque là, j’avais une opinion plutôt bonne de l’auteur, mais L’accroissement mathématique du plaisir a propulsé sa cote d’amour dans une autre dimension.

 

Initialement paru aux éditions du Bélial en 2008, je découvre ce recueil de vingt nouvelles dans sa version poche. Comme Richard Comballot et Brian Stableford (rien que ça) l’expliquent en préface, il est difficile de trouver un point commun aux différents récits, qui classerait définitivement le recueil dans un rayon : SF, fantastique, fantasy, tout y passe, mais à la moulinette rock’n’roll, tête baissée et pied au plancher. Il y a du Bizarro pur et dur (« Le Sourire cruel des trois petits cochons »), et l’on comprend que Dufour se soit liée d’amitié avec l’autre maître français du genre, Jérôme Noirez ; il y a des hommages dépressifs (« Je ne suis pas une légende », « Le jardin de Charlith », « La perruque du juge »), du réalisme cru (« L’Immaculée conception »), de la SF kantienne (« L’accroissement mathématique… »), et des portraits au vitriol (« La Lumière des elfes »). Toujours, il y a cette volonté d’ancrer les idées, les aspirations, ou les talents, dans la chair, la répugnante et inévitable chair, qui transforme les héros en lâches, les génies en crétins, et les miracles en purges.

 

Au sujet des ces derniers, on voit tout de même apparaître un thème récurrent, celui de l’enfantement (et de la parentalité qui s'ensuit). Visiblement, Catherine Dufour n’a pas apprécié toutes les étapes du chemin de croix qui va de la grossesse à la mise à bas, et s'estime flouée. Quoi, cet évènement merveilleux, ce don divin de pouvoir transmettre la vie, ne serait pas la promenade tranquille au cœur du bonheur le plus pur que promettent les livres de développement personnel à l’usage des futures mamans ? Il y aurait aussi une part de… douleur ? D’angoisse ? De rejet ? C’est en tous cas ce que vit l’héroïne de « L’immaculée conception », une nouvelle comme un tour de force, qui parvient à présenter la grossesse comme une traversée de l’enfer, à la frontière du fantastique et de l’horreur. Les « incubes » n’y sont qu’un prétexte : la transformation physique, la souffrance, la déchéance, l’agression par un corps étranger, sont des réalités que l’on présente à une moitié de l’humanité comme le comble de l’épanouissement, depuis que la reproduction est sexuée. A mon avis, on y réfléchit à deux fois après la lecture d'un tel texte (disponible en téléchargement ici pour 1€, ce qui n’est pas cher payé pour une bonne vieille leçon de vie qui vient des tripes).

 

C’est ma nouvelle préférée, évidemment, anti-nataliste que je suis. Mais il y en a tant d’autres… L’hommage à Alice au pays des merveilles est savoureux, lui aussi : dans "Le poème au carré" Alice rêve qu’elle rencontre le "Sergent Poivre" et sa fanfare, avant de traverser une forêt de "tangeriniers" sous des nuages de confiture, et de monter à bord d’un sous-marin jaune (la référence aux Rolling Stones est transparente…). C’est un peu ça, la recette Dufour : mettre du LSD dans le punch quand personne ne regarde, commencer par raconter un conte en apparence simple, et finir dans un chaos de sensations. Ca brasse, ça tourne, ça rigole bêtement, et pour ceux qui ont l’estomac bien accroché, c’est un joli tour de piste. Et si ça va trop vite, c’est que vous êtes trop vieux.

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M. 24/10/2011 17:45


La référence aux Stones est volontairement à coté de la plaque ?


Pierre Jouan 24/10/2011 18:21



Je crois, oui :)


Et j'espère que ça se sent, sinon c'est vraiment la honte.