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Les Saints et les Fous

Pax Romana, de Jonathan Hickman (Urban Comics)

26 Mai 2014 , Rédigé par Pierre Jouan Publié dans #Science-fiction, #Comics

Pax Romana, de Jonathan Hickman (Urban Comics)

La préface de Gail Butler à Pax Romana ne tarit pas d'éloges sur Jonathan Hickman : « C'est LE nouveau Warren Ellis. Le nouveau Frank Miller. Le nouvel Alan Moore »... rien que ça ! En France, Hickman n'était pour l'instant guère connu que pour ses récents run chez Marvel (Fantastic Four, Avengers), qui lui a d'ailleurs confié les rennes de son méga-crossover, « Infinity », actuellement en kiosque : soit un travail honnête de scénarise de studio, essayant vaguement d'imposer une patte à des titres aux enjeux commerciaux énormes et aux contraintes lourdes (il faut respecter le patrimoine, travailler avec les scénaristes des autres séries pour assurer la « continuité », etc.). Bref, on attendait de connaître une production plus personnelle du nouveau golden boy pour juger de sa capacité à égaler ses prestigieux aînés.

Et force est de reconnaître que Pax Romana en impose. D'une ambition assez folle pour sa modeste taille (quatre épisodes, réunis ici en un volume), le récit mélange science-fiction, uchronie, récit historique et débats philosophico-théologiques : en l'an 2053, alors que la Chrétienté a perdu l'Europe au profit de l'islam, le Vatican utilise une technologie ultra-secrète pour envoyer dans le passé 5000 soldats surarmés, afin de prévenir les futures crises de l’Église (fin de l'empire romain, Grand Schisme...) et tuer dans l’œuf ses rivaux (Mahomet, Luther...). Débarqués à l'époque de Constantin, premier empereur chrétien, les généraux à la tête de l'expédition se rebellent rapidement contre l'autorité spirituelle et, peu concernés par le destin du Catholicisme, décident de changer l'histoire beaucoup plus radicalement, en mettant leur armement et leur propagande au service du progrès social et moral de l'humanité entière. Un utopisme un rien mégalo qui n'ira pas sans dissensions, rebellions et guerres, dans cette Antiquité tardive ahurie par l'arrivée des tanks et de la bombe nucléaire.

Pax Romana, de Jonathan Hickman (Urban Comics)

Sur ce pitch excitant comme un jeu de rôle qui mêlerait cyberpunk et Templiers, Hickman dessine une galerie de vignettes presque sobre, au moins quant eux événements relatés : c'est en effet les parenthèses de l'Histoire qu'il nous est souvent donné de voir, les dates marquantes de cette contre-chronologie apparaissant plutôt à l'occasion de frises ou de compte-rendus écrits de réunions au sommet. En revanche, l'aspect graphique est un peu baroque : dans des cases au découpage pointillé comme des timbres-poste, les personnages encrés apparaissent en surimposition de décors introuvables. Évoluant sur des dégradés de couleurs lancés sur la page comme d'immenses taches, crevés çà et là de divers sceaux, plans, motifs cryptiques ou sigles kabbalistiques, et constellés de points blancs comme autant d'étoiles dans la Voie Lactée, l'action prend à tout moment une dimension cosmique, presque iconique, qui la rattache aux mythes et aux grands récits fondateurs. De fait, elle apparaît dans le dispositif général comme un cours d'histoire adressé à un empereur alternatif de quatre ans, entre le déjeuner et la sieste : autant dire, comme un conte.

Pax Romana, de Jonathan Hickman (Urban Comics)

C'est ce jeu sur tous les tableaux (petite, grande, et méta-histoire) qui impressionne le plus. Au scénario et au dessin, Hickman se révèle d'une inventivité constante et sait jouer savamment du twist. Un album convaincant, donc, qui donne envie d'en lire plus. D'ailleurs, on a eu dans les mains le premier volume de East Of West, une belle uchronie américaine dont le second volume doit paraître cet été, tandis que le même éditeur (Urban Comics) a dans les cartons le premier succès de l'auteur outre-Atlantique, The Nightly News, très prometteur aussi. A suivre.

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