Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 13:50

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(Ouuuh, la vilaine couverture !)

 

PANIQUE A NEUROLAND

 Scientifique de formation, le canadien Peter Watts construit l’intrigue de ses thrillers autour de questions de neurobiologie. Nous l’avons rencontré aux Utopiales.

 

« Nous sommes incapables d’expliquer pourquoi la sélection naturelle a promu la conscience de soi… On peut imaginer des êtres faisant tout ce que l’on fait sans conscience. J’ai longtemps voulu écrire là-dessus, mais j’ai toujours échoué à trouver une réponse satisfaisante. Et un jour, j’ai eu l’idée de faire de cette absence de réponse l’élément horrifique d’un livre. » Vision Aveugle, quatrième roman de Peter Watts, est né de là, de notre incapacité à rendre compte de ce qui nous est le plus proche, le plus intime, le plus évident : apercevoir nos états intérieurs, dire « je »… Tout ce que la philosophie a retenu sous le nom de « conscience », et qu’une certaine tradition de pensée (cartésienne, phénoménologique) a élevé au rang de connaissance première. Une instance que les « philosophes du soupçon » (Nietzsche, Freud) ont égratignée, avant que la neurologie moderne ne termine le travail. « La conscience est, en apparence, inutile : si vous la supprimez et que vous laissez les fonctions subconscientes faire le travail, vous prenez de meilleures décisions, plus efficaces, plus rapides. Elle ne décide même pas : ce sont des processus non-conscients qui œuvrent, et qui envoient ensuite un ‘mémo’ à la conscience, cette petite chose qui flotte derrière nos yeux, et qui s’arroge le crédit de décisions qui ont déjà été prises. Et j’ai trouvé ceci très, très effrayant. » Dans Vision aveugle, les hommes du futur sont confrontés à des formes d’intelligences non-conscientes qui interprètent les récits à la première personne comme des messages redondants, absurdes, inutiles. Et la conscience d’apparaître comme un handicap évolutif. « L’évolution est pleine d’erreurs. Son principe n’est pas la ‘ survie du plus fort’ mais la ‘survie du moins inadapté’. Si votre œil ne voit que la moitié des choses qui sont dans son champ, cela ne s’améliorera que s’il y a un compétiteur qui peut voir les trois quarts de ce champ. Sinon,  il n’y aura pas de pression sélective vous forçant à vous améliorer. Il y a donc bien des domaines dans lesquels nos capacités ne sont pas optimisées.» Peter Watts a donc pour habitude de s’étonner, non pas d’hypothétiques formes de vie des lointains tréfonds de la galaxie, mais de phénomènes proches et évidents. Que l’individuation, la reproduction sexuée, la conscience de soi soient apparues, alors que rien ne le nécessitait – que nous soyons les produits de la contingence cosmique, voilà qui doit susciter l’émerveillement. Une version toute personnelle du sense of wonder : « mes aliens dans Vision aveugle sont une tentative délibérée de m’éloigner des formes de vie humaines. Dans nombre d’écrits de science-fiction, les aliens ne sont que des humains arrangés… Mais je pense aussi qu’avant, nous ignorions beaucoup de choses à propos de nous-mêmes. La SF a développé une curiosité naturelle pour les aliens et les mondes inconnus à une époque où nous n’avions pas les IRM, où nous ne pouvions pas relier les gens à une machine capable de susciter en eux l’expérience religieuse, par simple application d’une impulsion magnétique dans le lobe temporal. Nous commençons à avoir des technologies qui lisent les pensées, qui montrent quelle image une personne est en train de regarder avant que cette personne n’en prenne conscience. Si nous avions eu cela dans les années 60, les gens n’en auraient rien eu à foutre de Mr. Spock. Parce que c’est ça qui est bizarre et excitant, ça qui est si proche et qui menace tout ce que nous pensons être. Cela repose la question de savoir qui (ou quoi) est aux commandes. Et cela doit nous intriguer et nous effrayer bien davantage que l’idée d’une race de bonshommes verts aux oreilles pointues. » Les aliens, dorénavant, c’est nous. 

 

Vision aveugle, Fleuve Noir, 2009.

 

(Précédemment paru dans Chronic'art)

Par Pierre Jouan - Publié dans : Science-fiction
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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 13:38

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LE BON, LA BRUTE, ET LE CROISSANT

Si l’ambiance est au nihilisme et à la « crise des valeurs », il n’est pas interdit de continuer à réfléchir sur la morale. Un essai et un roman pour comprendre l’éthique du futur.

 

Que reste-t-il de la morale, cette vieille discipline qui traite doctement de la nature du bien et du mal ? Et comment nous comporter, en l’absence de tout référent transcendant, de toute norme ou de tout principe universel ? Comment être bon, quand on ne sait même plus si le mot « bon » a le moindre sens ? Autant de questions qui méritent d’être posées, à l’heure de la mort des idéologies et du relativisme ambiant. Dans L’influence des croissants chauds sur la bonté humaine, le philosophe Ruwen Ogien montre avec brio que la philosophie morale ne peut plus apporter de réponses satisfaisantes in abstracto au problème concret de savoir quel comportement est le plus juste dans telle ou telle situation ; le « déontologisme » (éthique des principes, inspirée de Kant) et le « conséquentialisme » (éthique des conséquences, à l’image de l’utilitarisme) doivent faire place à une « philosophie morale expérimentale », qui étudie l’origine de nos intuitions morales (et la validité des raisonnements qui en découlent), et s’appuie sur des études scientifiques (expériences sur le comportement, psychologie de l’enfant, etc.). A travers vingt expériences de pensée particulièrement parlantes, du type « qui suis-je si toutes mes cellules ont été reconstruites à l’identique ou si tous mes organes ont été remplacés ? », Ogien montre l’insuffisance des théories morales classiques, et parvient à des conclusions qui, si elles n’ont rien de définitif, reposent tout de même sur deux grandes idées valables pour tout questionnement éthique futur : 1) les fameux « fondements » de la morale n’ont rien de nécessaire ; 2) la prise en compte du pluralisme est indispensable. En clair : le débat éthique ne doit jamais être clos, et les dogmes sont à proscrire. Curieusement, un roman de SF brassant les mêmes thématiques est paru il y a quelques mois : dans L’Apprentie du philosophe, James Morrow imagine un philosophe à qui l’on confie un être né déjà formé à l’âge de seize ans, auquel ne manque que le sens moral. Une ado-éprouvette, en quelque sorte. Le jeune thésard aux opinions darwiniennes soumet à son élève des expériences de pensée classiques, dont il étudiera les différentes solutions possibles (stoïcienne, épicurienne, chrétienne, kantienne, etc.). Une première partie drôle et documentée, qui laisse place à l’application concrète : mademoiselle Morale doit maintenant affronter le monde. Comme toute personne sans expérience et bercée de certitudes, la jeune Londa veut bientôt imposer de force les principes qui lui semblent universels, et soumettre l’être à un devoir-être rigide. Où l’on voit que derrière toute intention supposée absolument bonne, rôde le spectre du totalitarisme : l’« universel concret », c’est l’inhumanité pure. Au terme d’un roman maîtrisé et porté par l’ironie, Morrow nous convainc d’une chose : pour pousser quelqu’un à être juste, mieux vaut le laisser agir sous l’influence de l’odeur des croissants chauds (une sensation agréable tend à influer positivement sur la générosité), que pétri des principes du Nouveau Testament. P.J.

 

L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine, R. Ogien (Grasset)

L’Apprentie du Philosophe, James Morrow (Au Diable Vauvert)

Par Pierre Jouan - Publié dans : Choses
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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 13:27

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(Chronique précédemment parue dans Chronic'art n°75)

 

Un titre raccord avec ce numéro de Chronic’art ("spécial Apocalypse"), pour un objet difficile à identifier. En une centaine de séquences courtes (trois pages en moyenne), Agrati déploie son imaginaire bizarroïde, fait de sinistrose capitaliste, de perversions sexuelles et d’explosions de violence. La langue est simplissime, froide, anxiogène ; chez ce Régis Jauffret de l’étrange, les vies se disent en quelques mots. Il n’y a pas vraiment de fin, ni vraiment de homards. Une seule certitude : on n’a jamais lu ça ailleurs.

 

Notons que Dystopia Workshop est un petit éditeur sympa (trois premiers titres fort recommandables : Léo Henry & Muchielli, Lisa Tuttle, J.-M. Agrati), très lié avec l’excellente librairie Charybde (rue de charenton, 12ème arrondissement)… Bref, des gens de bon goût.

Par Pierre Jouan - Publié dans : Transfictions
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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 13:20

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(Chronique précédemment parue dans Chronic'art n°75)

 

 

Bonne idée de ressortir ce best-seller de 1985, Prix Locus et œuvre unique d’un véritable astronome, fondateur de la « Planetary Society » (une organisation en partie consacrée à la recherche de formes d’intelligence extra-terrestres). En toute logique, le roman baigne dans cet élément : l’astronome Ellie Arroway a fondé un programme d’écoute spatiale au Nouveau Mexique, chargé d’enregistrer les ondes radio des quatre coins de l’univers et de détecter une irrégularité, ou plutôt une régularité, qui distinguerait un message intentionnel du bruit de fond de l’univers. Or, miracle : le message arrive, en provenance du système Vega, à vingt-six années lumières de la Terre. Mieux, il contient des instructions pour construire une étrange machine… Sur fond de Guerre Froide et de compétition spatiale, les gouvernements du monde doivent s’accorder sur la marche à suivre, pendant que les religions procèdent à quelques ajustements théoriques. Là est l’intérêt principal du roman, au-delà de l’initiation à la radioastronomie (pourtant pas inintéressante) : Contact propose une vraie discussion sur l’hypothèse des extraterrestres, dans laquelle philosophie, théologie et sociologie trouvent leur place. C’est de la hard-SF minutieuse, prévoyante : nul doute que si un contact avec les ET doit se produire un jour, il ressemblera à ça. Quant à la conclusion, elle est simplement sublime : en scrutant l’origine de l’univers dans les décimales de pi, Sagan montre que la SF n’est jamais aussi puissante que lorsqu’elle chasse sur les terres de la métaphysique. Démonstratif, mais efficace.

Par Pierre Jouan - Publié dans : Science-fiction
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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 13:11

(Chronique précédemment parue dans Chronic'art n°76)

 

Le-Maitre-du-haut-chateau.jpg

 

Chef d’œuvre ou arnaque ? Difficile d’estimer à sa juste valeur ce « premier grand roman » de Dick, bavard à souhait et régulièrement hors-sujet. De fait, la traduction précédente n’aidait pas : celle de Michelle Charrier, dans cette édition augmentée, a le mérite de le rendre plus digeste (voire lisible). On connaît le sujet : la vie dans les sixties après la victoire de l’Axe en 45. Matrice de toutes les uchronies à venir, on peut difficilement faire l’économie de ce livre fondateur, ici accompagné des premiers chapitres d’un sequel inachevé.

 

 

 (J’ai Lu/Nouveaux Millénaires)

Par Pierre Jouan - Publié dans : Science-fiction
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Jeudi 5 avril 2012 4 05 /04 /Avr /2012 20:18

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Chronique en ligne sur www.chronicart.com.

Par Pierre Jouan - Publié dans : Science-fiction
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Mardi 27 mars 2012 2 27 /03 /Mars /2012 19:29

armaggedon rag

 

Rock et science-fiction ont toujours entretenu des rapports étroits. L’un et l’autre, dans leurs disciplines respectives, ont constitué une véritable contre-culture : une culture sous le manteau, déconnectée des références officielles, illisible pour les prescripteurs de la « haute » culture. La science-fiction, depuis les années 30 aux Etats-Unis et les années 50 en France, c’est d’abord ça : une littérature en rupture, insensible aux canons esthétiques du roman français du dix-neuvième siècle (style, psychologie), perméable à l’air du temps, et résolument tournée vers les masses – non pas les masses déculturées du fascisme, mais celles qui obtiennent l’accès à la « culture pour tous » de la société de consommation. Romans de gare, pulps, revues à deux sous : la science-fiction profite de son accessibilité pour modeler un imaginaire commun, encore vivace aujourd’hui (même si le cinéma a pris le relais d’une littérature prisonnière de sa niche). Exactement comme le rock, donc, qui fut la culture commune d’au moins trois générations (années 50, 60, 70), était méprisé pour sa forme et son aspect massif, mais s’imposa comme le socle de l’imaginaire jeune en société consumériste. Comme lui, la SF a ses tendances, ses écoles, ses généalogies secrètes, et elle a accompagné tous ses mouvements « marginaux », des hippies aux free parties en passant par le punk – marginaux avant de devenir normatifs, bien sûr. Aussi, de Michael Moorcock à Maurice Dantec, de Norman Spinrad à Catherine Dufour, on trouve des écrivains de SF fortement liés au rock, qu’ils soient paroliers (avec Blue Öyster Cult ou Heldon), romanciers du rock futuriste (Rock Machine, Outrage et rébellion), ou que leur œuvre soit proprement inondée de références rock (Maurice Dantec).

 

    George R.R. Martin a fait partie de ceux-là, même si on ne voit guère aujourd’hui, à travers le succès planétaire du Trône de fer, ce que cet écrivain hyper-productif a de particulièrement rock. En 1983 pourtant, il publiait Armageddon Rag, roman fantastique dans lequel il payait sa dette à la culture hippie. Car oui, apparemment, George Martin, petit touche-à-tout surdoué, à l’aise en science-fiction comme en fantasy ou en horreur, a surtout retenu de la grande épopée rock le chapitre « hippies » ou, pour être plus précis, l’intervalle 1966-1972, de l’explosion du rock psychédélique couplé à la philosophie beatnik, à la récupération institutionnelle de l’industrie rock et la généralisation du rock pompier (concerts dans les stades et musiciens virtuoses s’écoutant jouer des chorus interminables). Une période mythique dans l’imaginaire collectif, faite d’espoirs (l’amour, la paix), de drames (Charles Manson, les Stones à Altamont), et de n’importe quoi (l’essor du New Age). George Martin a voulu redonner le goût de l’époque aux blasés des eighties en narrant les tribulations d’un nostalgique confronté à des phénomènes paranormaux. Sandy Blair, journaliste et écrivain, est donc chargé d’enquêter sur le meurtre du manager des « Nazgûl », un groupe mythique de la scène baba cool, quelque part entre les Who et Grateful Dead (qui a dit au secours ?). Un nom très tolkienien pour cet auteur qui partage deux points communs avec celui du Seigneur des anneaux : un double R au patronyme, et une saga de fantasy qui restera comme sa marque de fabrique.

 

  Voilà pour le projet, alléchant en apparence : un polar rock mâtiné d’occultisme par un des meilleurs faiseurs d’histoires de notre temps. Le résultat, hélas, s’avère décevant. Chacun gardera évidemment, dans l’histoire du rock, sa séquence préférée ; dire que la séquence hippie n’est pas la mienne est un euphémisme. Grateful Dead, Simon & Garfunkel, Jefferson Airplane, les Who de "Who’s Next ?", etc., sont pour moi synonymes d’improvisations interminables, structures grandiloquentes, paroles pseudo-poétiques, postures intellectualisantes, le tout sur fond de consommation immodérée de LSD – soit à près tout ce que je déteste (c’est aussi la musique de mon père, ceci expliquant peut-être cela). George Martin, lui, adore, au point de qualifier la musique de 1983 (époque du récit) d’inintéressante - un diagnostic auquel on pourrait souscrire en regardant les playlists radio de l’époque, à condition de faire une petite place à la musique underground, punk et new wave en tête ; ce que Martin ne fait jamais. Dans ce contexte, critiquer les années cyniques de Reagan et Thatcher en se référant aux Mamas and Papas sans jamais citer les Dead Kennedys, c’est pire qu’une maladresse historique : une faute de goût.

 

    J’aurais pu parler du style de l’ensemble, très plat, de sa longueur exagérée, rédhibitoire, de l’ennui global qui se dégage de la lecture d’Armageddon Rag… Mais son principal défaut est bien là, dans son anachronisme criant, son manque d’acuité historique, et son décorum kitsch à pleurer. Figurez-vous que le chanteur des Nazguls est albinos : comme Johnny Winter, certes, mais aussi comme Elric, le héros de la célèbre saga de Moorcock (tout est lié), qui donna ses lettres de noblesse au cliché de l’empereur décadent, livide et torturé par des sentiments contradictoires. Bref, au premier emokid. Non content de piocher dans le pire du passé rock, Martin anticipe le pire de son futur, avec ses groupes goth baudelairiens et ses corbeaux surmaquillés, son gloubiboulga occulto-sataniste et ses mèches à rallonge. Le tout, bien sûr, sur fond de peace and love à papa comme si, encore une fois, les Sex Pistols n’avaient jamais existé. Martin a beau pointer les « dérives » du mouvement hippie ou les « exagérations » des révolutionnaires, il n’en reste pas moins un enfant frustré des années 60, un néo-bourgeois complexé qui se demande encore ce que sa génération a « raté », sans soupçonner un seul instant que le projet lui-même ait pu être défectueux. Bref, si Martin est célèbre aujourd’hui, ce n’est sans doute pas grâce à ce genre de livres, périmés avant d’être lus ; ses fans, d’ailleurs, le harcèlent pour qu’il cesse tous ses projets secondaires afin de se consacrer exclusivement à Game of thrones, dont il est censé écrire la fin avant de mourir (c’est logique). Franchement, on les comprend.

Par Pierre Jouan - Publié dans : Science-fiction
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Mardi 20 mars 2012 2 20 /03 /Mars /2012 13:17

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Attention, œuvre rare. Jérôme Noirez, à l’image d’Antoine Volodine et son « post-exotisme », se réclame d’un genre dont il est le serait le seul représentant : le « merveilleux-discordant ». Késako ? Une sorte de fantasy débridée, mutante et cauchemardesque, à la croisée de Rabelais, Jérôme Bosch et Céline. Le cycle Féerie pour les ténèbres, rédigé sur une dizaine d’années, constitue le cœur de son œuvre. Comprenant trois romans et sept histoires courtes, il paraît pour la première fois en intégralité sous la forme de deux gros volumes (révisés par l’auteur). Il faut avoir l’estomac bien accroché tout au long des mille pages de ce carnaval dissonant, où défilent les formes les plus outrancières et les sentiments les plus contradictoires. C’est le dynamitage de la fantasy par le grotesque, l’assassinat de Tolkien par Cronenberg, glaçant et jouissif à la fois.


Chronique de cette superbe intégrale en ligne sur chronicart.com, accompagnée d'un entretien avec l'auteur.

Par Pierre Jouan - Publié dans : Transfictions
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Lundi 12 mars 2012 1 12 /03 /Mars /2012 14:54

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Sommaire complet ici.

 

Sous ma plume, deux chroniques : La Fille automate de Paolo Bacigalupi (Au Diable Vauvert) et Le Maître du Haut-château de Philip K. Dick (J'ai Lu/Nouveaux Millénaires).

 

A venir sur le site, une chronique plus complète de La Fille automate, et une recension du superbe Féerie pour les ténèbres de Jérôme Noirez (Le Bélial), avec interview de l'auteur.

Par Pierre Jouan - Publié dans : Choses
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Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 17:47

Le-gout-de-l-immortalite.jpg

 

L’autre jour, j’ai dû passer 48 heures à l’hôpital. J’étais donc en proie à une irrépressible angoisse, incapable de résoudre le problème suivant : qu’allais-je bien pouvoir lire ? Il y a quelques années, pour une appendicite, j’avais emporté Sur la route de Kerouac : cela parlait d’évasion, de liberté, de grands espaces, c’était délicieusement inapproprié. Cette fois-ci, j’ai pensé à l’ambiance de mort des hôpitaux, à l’odeur de désinfectant qui badigeonne les corps meurtris, au va-et-vient silencieux des infirmières, qui volent de chambre en chambre comme les anges du paradis, aux soupirs de fatigue qui répondent aux râles de souffrance, au professionnalisme clinique des chirurgiens qui, postés au pied du lit comme des croque-morts autour d’un cercueil, prononcent la sentence du jour sur le ton froid des assassins, bref, à tout ce décor joyeux qui encadre ce que l’on appelle maintenant, par pudeur, la « fin de vie », et j’ai empoigné un livre dont le titre était en soi une promesse : Le Goût de l’immortalité. Comme en plus j’avais une chance, infinitésimale certes, mais une chance statistique quand même, d’y passer pour de vrai, je voulais me faire une idée de ce qui nous attendra d’ici quelques siècles, et au moins en capter l’odeur à défaut d'y goûter moi-même.

 

Car l’immortalité techno-scientifique n’a rien d’une chimère : d’ici quelques décennies, peut-être un siècle, elle sera parfaitement envisageable. La dégénérescence des cellules sera un phénomène parfaitement expliqué, et on ne voit pas ce qui pourrait empêcher d’en inverser la tendance. La question, morale, qui sous-tend le roman de Catherine Dufour, est celle-ci : pour quoi faire ? Ce n’est pas de l’éthique, ni de la bioéthique : on ne se demande pas s’il est bien ou mal de « transgresser » les « lois naturelles ». C’est un travail de moraliste, au sens de Chamfort ou Cioran : pourquoi perpétuer la catastrophe ? Au 23ème siècle, le monde est un beau bordel : mégalopoles surpolluées, divisées entre habitants des hauteurs et habitants des sous-sols ; humains modifiés et standardisés selon deux modèles dominants (européen et asiatique) ; Etats-multinationales en guerre ; terrorisme biologique ; fichage génétique ; fanatisme afro-américain décidé à demander des comptes au monde blanc ; etc. Une vie de chien, entre pauvreté endémique et privilèges cher payés. Une sorcière en Manchourie a trouvé un remède infâme contre la mortalité : une potion amère qui transforme in extremis les mourants en zombies. Des zombies conscients, intellectuellement intacts, mais éternellement froids, laids, et repoussants. Apparemment, l’immortalité a un goût de chiottes.

 

C’est de la SF, donc, et de la SF plutôt classique thématiquement. Mais attention, Dufour n’est pas la dernière des stylistes : tout est porté, comme d’habitude, par une énergie qui semble inépuisable, une rage presque, une urgence dont on ne trouve en général l’équivalent que dans la musique (punk, évidemment). C’est plein de néologismes, de techno-jargon et d’inventions orthographiques (les noms propres ne prennent pas de majuscules, réservées à la Faune et la Flore), et bien sûr, cela va à cent à l’heure. Si la seconde moitié comporte quelques longueurs, la première est véritablement jubilatoire, avec son feu d’artifice technique et ses aphorismes à la Houellebecq. En somme Dufour fait du véritable cyberpunk (car, rappelons-le, messieurs Gibson et Sterling n’étaient pas particulièrement friands du mouvement musical en question) : avec ses ambiances d’égouts, sa grandiloquence mortuaire, et son cynisme désespéré, Le Goût de l’immortalité est à la SF ce qu’un morceau des Cramps est au rock’n’roll : Surfin’Bird, mais avec du speed, un masque vaudou, et une envie de danser sur la mort en criant comme des bêtes. Parce que l’immortalité pour nous, hein, walou.

Par Pierre Jouan - Publié dans : Science-fiction
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